Le pape Léon XIV a visité samedi l’île italienne de Lampedusa, un port d’appel majeur pour les migrants qui risquent la traversée périlleuse depuis l’Afrique, envoyant un message fort aux dirigeants américains et européens.
Le premier pape américain de l’Église catholique, qui s’est heurté à l’administration du président Donald Trump au sujet du traitement des migrants, marque le 4 juillet, le 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis, depuis une zone en première ligne de la question migratoire.
La visite de Léon intervient aussi seulement deux semaines après l’approbation par l’Union européenne de nouvelles règles sur les migrants autorisant des pouvoirs de détention beaucoup plus larges et la création de centres de renvoi en dehors du bloc.
Il a commencé sa visite par un cimetière, s’arrêtant pour prier dans une zone où des migrants non identifiés sont enterrés dans des tombes numérotées.
Léon a ensuite visité la « Porte de l’Europe », un monument dédié aux migrants, et a échangé brièvement avec une famille de migrants.
Dans une lettre adressée aux Américains à l’occasion du 4 juillet, Léon a insisté sur le fait que la protection des enfants à naître et de toute vie humaine signifie aussi « accueillir, protéger et assister les immigrés, dont les espoirs, les sacrifices et la contribution ont fait partie de l’histoire de ce pays dès ses origines ».
« Les recevoir avec compassion et générosité n’est pas seulement un acte de charité, mais aussi la reconnaissance de la dignité qui appartient à chaque personne humaine », a écrit Léon.
« Le pape envoie un message clair »
Le pontife né à Chicago a fait de la défense des migrants l’un des piliers de son pontificat, à l’instar de son prédécesseur, le pape François, louant ceux qui aident les plus démunis et dénonçant les expulsions massives aux États-Unis.
L’homme de 70 ans devait profiter de ce déplacement d’une demi-journée sur l’île méditerranéenne, frontière entre l’Afrique et l’Europe, pour appeler à des voies d’immigration sûres et légales.
La présence de Léon « envoie un message clair à un moment où le débat politique mondial sur la migration est souvent cadré autour des frontières et de la dissuasion plutôt que de la protection et de la responsabilité partagée », a déclaré Filippo Ungaro, porte-parole de l’agence pour les réfugiés de l’ONU, le HCR, à l’AFP.
Lampedusa se trouve à seulement 90 milles (145 kilomètres) des côtes tunisiennes, et est célèbre non seulement pour ses plages de sable blanc, mais aussi pour la compassion qu’elle témoigne envers des milliers de migrants — et pour accueillir leurs morts.
En 2013, plus de 360 personnes ont péri dans le naufrage le plus grave survenu près de l’île, et des dizaines d’autres se sont noyées depuis.
Léon a déjà salué la générosité des habitants de l’île, une communauté de pêcheurs et de touristes d’environ 6 000 personnes.
La route la plus meurtrière
Après avoir visité le cimetière et la « Porte de l’Europe », il devait se rendre au quai où sont amenées en sécurité les personnes secourues en mer par la garde côtière ou des navires caritatifs.
Là, il bénira une plaque dédiée au pape François, qui avait choisi Lampedusa pour son tout premier voyage après son élection en 2013, avant de célébrer une messe sur un terrain de sport.
« Lampedusa est un lieu de signification particulière… Nous sommes ici pour témoigner de son engagement à accueillir ceux qui cherchent un meilleur endroit où vivre », a déclaré Vanda Mainardi, 65 ans, venue du nord de l’Italie pour voir le pape.
L’île semi-aride de 20 kilomètres carrés (huit milles carrés) est le deuxième point chaud de la migration en Europe visité par Léon, qui avait profité d’un déplacement aux îles Canaries le mois dernier pour critiquer les passeurs.
Il s’est déjà exprimé contre des mesures visant à réprimer l’immigration irrégulière et a qualifié le traitement des immigrés par l’administration américaine « d’inhumain ».
Dans un discours vendredi pour marquer le 250e anniversaire des États-Unis, Léon a appelé à la « modération » dans le discours public américain et a évoqué la manière dont « des vagues successives d’immigrants » ont façonné l’avenir du pays.
La traversée du centre de la Méditerranée depuis l’Afrique du Nord est la route migratoire la plus meurtrière au monde, selon l’Organisation internationale pour les migrations.
Environ 1 330 personnes sont mortes ou ont disparu en tentant cette traversée l’année dernière, indique l’OIM.
Hausse des arrivées
Cela révèle « l’énorme nécessité d’accroître les efforts de recherche et de sauvetage », a déclaré à l’AFP Salvatore Sortino, directeur du Bureau de coordination de l’OIM pour la Méditerranée.
La route est patrouillée par une poignée de navires de sauvetage exploités par des associations caritatives qui accusent à plusieurs reprises les autorités de l’UE de ne pas en faire assez pour prévenir les décès.
Plus de 14 000 personnes ont débarqué en Italie au cours des six premiers mois de l’année, la plupart ayant pris le départ depuis la Libye, selon le HCR.
Près de 60 % d’entre elles sont arrivées à Lampedusa, précise l’agence.
Ces chiffres restent loin des pics atteints en 2011, lorsque des dizaines de milliers de personnes sont arrivées en quelques mois à peine, alors que les contrôles des frontières maritimes se sont désagrégés pendant les révoltes du Printemps arabe.



















