Ce premier anniversaire du soulèvement populaire est chômé et payé à Madagascar. Une stèle commémorative sera érigée à Anosy pour rendre hommage aux 22 victimes tuées lors des manifestations.
Tout a commencé ce 25 septembre 2025 avec les revendications des jeunes de la « Gen Z », qui ont exprimé leur mécontentement face aux coupures d’eau et d’électricité à Antananarivo. Le mouvement a ensuite fait tache d’huile et gagné d’autres grandes villes comme Antsiranana et Toliara.
Réprimé par les forces de l’ordre, le mouvement prend de l’ampleur jusqu’à conduire à la chute du régime de l’ancien président Andry Rajoelina et à l’accession au pouvoir du colonel Michaël Randrianirina.
À la tête d’un groupe militaire du CAPSAT, le nouvel homme fort de la Grande Île gouverne, aux côtés de quatre hauts conseillers, depuis le 17 octobre 2025, date de son investiture en tant que président de la République de la Refondation de Madagascar.
Un an après ce changement de régime, la tension politique n’est pas encore retombée.
Où en est la refondation ?
Les autorités de la Refondation resserrent l’étau judiciaire autour des proches de l’ex-président Andry Rajoelina ainsi que d’autres militants. Bon nombre d’entre eux ont été placés en détention pour divers motifs, dont l’atteinte à la sûreté de l’État.
Invitée sur le plateau de la chaîne TV5 Monde le 10 septembre, la ministre de la Justice, Fanirisoa Ernaivo affirme que « nous sommes en train de faire une refondation des bases de la démocratie à Madagascar et il y a sûrement des personnes qui ne sont pas contentes ». Elle affirme également que « les poursuites en cours concernent principalement les personnalités de l’ancien régime qui ont commis des infractions financières et non ceux qui font des contestations politiques ».
Le pouvoir de la Refondation entend réformer les institutions et organiser des élections avant la fin de 2027. C’est la promesse réitérée ce jeudi 24 septembre par le président de la Refondation de Madagascar, Michaël Randrianirina.
Lors de son allocution à la tribune, discours en malgache, il a détaillé les projets pour son pays. La « refondation » sera réalisée par des consultations nationales qui commencent, par la réforme de la Constitution et du système électoral, et par l’organisation d’élections pour 2027. « C’est plus qu’une transition », a-t-il affirmé.
Le président a regretté devant l’ONU que Madagascar « ne cesse de s’appauvrir » depuis son indépendance. La grande île reste marquée par des crises politiques cycliques. Sur 33 millions de Malgaches, 75 à 80 % vivent dans la pauvreté, a-t-il pointé du doigt.
Les forces politiques réclament l’apaisement
Sur le plan politique, à la suite des recommandations de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), le président Randrianirina a bel et bien mené une série de consultations des différents acteurs (politiciens, membres de la société civile, jeunes, etc.), du 1er au 8 septembre dernier au palais d’État d’Iavoloha.
Une concertation nationale est prévue au cours du premier trimestre de l’année 2027 sous la houlette du Conseil œcuménique des Églises chrétiennes de Madagascar (FFKM).
Restés en retrait après le départ d’Andry Rajoelina, ses fervents partisans reviennent aujourd’hui à la table des négociations. Invités aux consultations d’Iavoloha le 2 septembre, les députés élus sous les couleurs de l’IRMAR (ancienne majorité présidentielle) insistent sur plusieurs points.
Contacté par Anadolu, Milavonjy Philobert, 7e vice-président de l’Assemblée nationale devenu chef de l’opposition, qualifie la situation actuelle de « difficile à cerner ». « D’un côté, il y a des prises de décision que l’ancien régime n’avait pas accomplies et que le nouveau régime a su prendre. D’autre part, il y a des réalisations de leurs prédécesseurs que les dirigeants actuels n’ont pas su perpétuer », affirme-t-il.
Le parti FIVOI, dirigé par le député indépendant Antoine Rajerison, est également monté au créneau pour réclamer l’apaisement. Il revendique l’arrêt immédiat des poursuites politiques contre les personnes qui critiquent le régime transitoire tout en demandant une refonte totale de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Une condition qu’il qualifie d’ »indispensable » pour garantir la sincérité du prochain scrutin.
La Gen Z prend du recul face à l’usure économique
La compagnie nationale JIRAMA subit de plein fouet les aléas climatiques sévères perturbant l’approvisionnement en eau et en électricité, comme ce fut le cas l’année dernière à la même période.
Au cours d’une interview exclusive accordée à Anadolu, Herizo Andriamanantena, l’un des leaders du mouvement, parle d’une situation encore « floue ». Il affirme que « les revendications sur les besoins de la population ne sont pas totalement satisfaites, malgré quelques efforts. Le pays reste encore dans un semblant d’intérim où l’on ne sait plus exactement si l’on respecte la Constitution ou non ».
Questionné sur les objectifs de la Refondation, le jeune militant de la Gen Z soutient que cela va « au-delà du simple droit à l’eau et à l’électricité. C’est un véritable changement systémique que l’on espère. Il est impossible à ce stade de dire que les objectifs sont atteints. »
Selon lui, la nouvelle Constitution devrait être avant tout consensuelle. S’étant abstenue de toute déclaration officielle depuis des mois après l’arrestation puis la libération de certains de ses membres, la Gen Z annonce la tenue d’une commémoration des manifestations de septembre 2025.
Entre diplomatie d’équilibre et préparatifs électoraux
Sur la scène internationale, le colonel Randrianirina poursuit une offensive de charme pour tenter d’asseoir la légitimité de son pouvoir en enchaînant les rencontres avec les dirigeants africains (au Gabon, au Nigéria, etc.).
En termes de diplomatie avec l’Occident, le gouvernement navigue dans un jeu d’équilibre géopolitique complexe. D’un côté, il maintient des relations de travail étroites avec la France – principal partenaire financier de la Grande Île – et de l’autre, opère un rapprochement stratégique marquant avec Moscou, illustré par des échanges directs entre le président Randrianirina et son homologue russe Vladimir Poutine.
Au cours de son intervention sur TV5 Monde, la ministre de la Justice Fanirisoa Ernaivo a précisé au sujet des futures élections qu’il s’agira « soit d’un référendum constitutionnel soit d’élection constitutionnelle pour choisir entre plusieurs Constitutions ».
L’issue des dialogues politiques en cours et de la concertation menée par le FFKM déterminera le scénario final de la sortie de crise à Madagascar qui sera entérinée après la tenue des élections présidentielles dont la date demeure, pour le moment, inconnue.



















