À 47 ans, Kery James reste fidèle à ses convictions et à ses racines de « banlieusard », trente ans après ses débuts. Sorti vendredi, son nouvel album R.A.P — pour Résistance, Amour et Poésie — témoigne de l’indignation intacte de l’artiste, tout en révélant une sensibilité mûrie.
Dès l’intro de Radical, l’un des 15 titres de l’opus, Kery James annonce la couleur : « Voilà le son qu’on n’entend plus / Pourtant l’époque est tellement tendue ». L’artiste continue de livrer des textes incisifs, nourris par l’actualité et les injustices sociales, tout en admettant qu’il se parle parfois à lui-même pour calmer sa colère. « Je me suis assagi, mais je reste sensible. Être touché par la douleur des autres, c’est mon vrai moteur », confie-t-il à l’AFP.
Repéré adolescent par MC Solaar, Kery James a émergé avec les collectifs Mafia K’1 Fry et Ideal J, imposant un rap engagé où l’impact des mots prime sur la mélodie. À l’instar d’IAM, Oxmo Puccino ou Ärsenik, il a contribué à forger un rap de la rue, conscient et critique.
Aujourd’hui, la scène rap est largement dominée par des thèmes plus légers : matérialisme, fêtes ou histoires de deal. « Pour que ce soit la musique la plus streamée, il a fallu qu’elle se vide de sa substance », déplore Kery James, dénonçant un rap devenu business, aligné sur le capitalisme et les codes du show-business.
Avec R.A.P, Kery James confirme que la poésie, la critique sociale et la résistance restent au cœur de son art, fidèle à sa trajectoire et à ses combats pour l’égalité et la justice.

















