Migration

Nouvelles règles européennes sur l’asile : des inquiétudes sur l’accès réel à la protection internationale

Un expert alerte sur les risques d’exclusion rapide des demandeurs d’asile malgré la baisse des arrivées irrégulières.

Newstimehub

Newstimehub

1 Avr, 2026

138

L’adoption récente par Union européenne de deux textes importants concernant l’asile suscite de vives préoccupations parmi les spécialistes des questions migratoires. Présentées par les institutions européennes comme un moyen d’harmoniser les procédures et d’accélérer le traitement des demandes, ces nouvelles règles pourraient, selon certains experts, limiter l’examen approfondi de nombreux dossiers.

Dans un entretien accordé à Agence Anadolu, l’expert en migration Majdi Karbai estime que ces mesures risquent d’écarter rapidement des milliers de demandeurs d’asile sans évaluation complète de leur situation individuelle.

Un durcissement malgré la baisse des arrivées

Les nouvelles dispositions ont été approuvées par le Conseil de l’Union européenne dans le cadre du Pacte européen sur la migration et l’asile, un programme visant officiellement à mieux organiser la gestion migratoire et à répartir les responsabilités entre les États membres.

Selon les données de Frontex, les franchissements irréguliers des frontières de l’UE ont diminué de 52 % durant les deux premiers mois de 2026, avec environ 12 000 détections. La route de la Méditerranée centrale a enregistré une baisse similaire. Toutefois, le bilan humain reste lourd : près de 660 personnes ont perdu la vie en mer durant cette période, d’après l’Organisation internationale pour les migrations.

Parmi les nouvelles mesures figure la première liste commune de pays d’origine considérés comme sûrs, incluant notamment la Tunisie, l’Égypte et le Maroc. Un autre texte modifie également le règlement relatif aux « pays tiers sûrs », permettant le renvoi d’un migrant vers un pays où il a simplement transité ou avec lequel il possède des liens familiaux, linguistiques ou culturels, ou encore dans le cadre d’un accord de réadmission.

Par ailleurs, le Parlement européen a donné son feu vert à l’ouverture de discussions avec les États membres sur la création de centres de rétention, parfois appelés « hubs de retour », situés en dehors du territoire de l’UE.

Des procédures accélérées critiquées

Selon Karbai, la classification d’un pays comme « sûr » peut entraîner un rejet rapide des demandes d’asile provenant de ces États. Il décrit notamment la situation d’un jeune migrant arrivant en Italie, qui pourrait être placé en centre de détention pendant plusieurs mois avant une expulsion, sans bénéficier des garanties judiciaires habituellement associées à une procédure pénale.

Jusqu’à présent, explique-t-il, les demandeurs d’asile disposaient souvent d’une période de régularisation temporaire leur permettant de travailler et de s’intégrer avant la décision finale. Les nouvelles règles risqueraient de raccourcir considérablement ces délais.

Des critiques sur la compatibilité juridique

L’expert met également en doute la compatibilité de ces classifications avec la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés. Selon lui, certains pays classés comme sûrs font pourtant l’objet de critiques concernant les droits fondamentaux, ce qui crée une contradiction entre les évaluations politiques et la réalité sur le terrain.

Ces préoccupations sont également partagées par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, qui insiste sur la nécessité de garantir des procédures d’asile équitables avant tout transfert vers un pays tiers.

Vers une externalisation de la gestion migratoire

Karbai estime que ces politiques s’inscrivent dans une logique d’externalisation croissante du contrôle migratoire. L’UE financerait notamment des programmes de retour volontaire via l’Organisation internationale pour les migrations afin de faciliter le renvoi de migrants vers leurs pays d’origine après leur passage en Afrique du Nord.

Au sein même du Parlement européen, certaines voix critiques se sont élevées. L’eurodéputée Fabienne Keller a ainsi estimé que ces dispositions pourraient conduire à renvoyer des personnes vers des pays avec lesquels elles n’ont aucun lien réel, sans analyse complète de leur demande de protection.

Les discussions entre les institutions européennes et les États membres sur le cadre juridique des centres de retour hors de l’UE devraient débuter prochainement, marquant une nouvelle étape dans la réforme de la politique migratoire européenne.

Source: Africanews