Art et culture

Chief Safro, le barbier qui transforme les outils en art et fait vibrer la culture africaine

À Nairobi, Safari Martins transforme des outils improbables en signatures artistiques et bâtit une célébrité numérique enracinée dans la culture africaine.

Newstimehub

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3 Jan, 2026

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Dans son salon, pas de fauteuils luxueux ni de miroirs clinquants. Aux murs, une collection d’objets improbables : pelle, fer à repasser, cisaille agricole, clé à molette. Entre ses mains expertes, ces outils deviennent des instruments de création capillaire. Sous le pseudonyme Chief Safro, Safari Martins s’est imposé comme une figure incontournable des réseaux sociaux, rassemblant près d’un million d’abonnés sur Instagram et TikTok.

Chaque coupe est pensée comme un spectacle total. Tandis qu’il sculpte les cheveux avec une précision millimétrée, un assistant filme chaque mouvement. La singularité de son style repose sur un mélange assumé d’audace et de tradition : une boîte en fer bénie par les anciens de son village, des récits et contes africains intégrés en voix off, et une esthétique revendiquant une identité propre.
« Je suis motivé par la culture et les histoires africaines. Il faut quelqu’un qui représente notre identité, pas une copie de la culture occidentale », explique-t-il.

Les clients en ressortent conquis. Pour environ 12 dollars, bien au-dessus du tarif moyen à Nairobi, ils paient bien plus qu’une coupe : une expérience et quelques minutes de visibilité sur les réseaux. « Son talent est d’un niveau supérieur. Après une coupe ici, je me sens en confiance, même dans la rue », témoigne Ian Njenga, client fidèle depuis 2024.

Chief Safro | Is the village barber the best ?😄 . Sharpest razor ...

Le succès de Safari Martins reflète une mutation profonde du paysage numérique kényan. Le nombre d’utilisateurs de réseaux sociaux est passé de 10,6 à 15,1 millions entre 2023 et 2025, et pour près de 15 % des Kényans, la création de contenu constitue désormais la principale source de revenus. Pourtant, le barbier déplore un manque de reconnaissance : « On devient viral, mais on n’est pas respecté ni rémunéré comme les autres créateurs », regrette-t-il, pointant des partenariats publicitaires plus rares pour les contenus liés à la coiffure.

Entre innovation radicale et enracinement culturel, Safari Martins incarne une nouvelle génération de créateurs africains qui bousculent les codes tout en célébrant leur héritage. De son parcours, du lycée rwandais aux salons de Nairobi, émerge une conviction : la tradition peut être un moteur puissant de modernité et d’influence mondiale.

Source: Africa News