Afrique

Ebola : la RDC lutte toujours pour contenir la maladie

Le nombre de cas confirmés d’Ebola est d’environ 340. L’épidémie n’est pas encore maîtrisée les ONG luttent pour suivre les contacts et traiter les malades. TRT Français s’est entretenu avec Oxfam et MSF, qui sont présents en Ituri, au cœur de l’épidémie.

Newstimehub

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5 Juin, 2026

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L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé mercredi que l’épidémie d’Ebola en Afrique centrale avait connu des progrès notables et que la riposte commençait à produire des effets. Mais « nous sommes encore en retard », a déclaré le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors d’une conférence de presse à Genève. Les autorités recensent aujourd’hui 343 cas confirmés et 146 décès.

« Seuls environ 45 % des contacts ont fait l’objet d’un suivi, et pour maîtriser l’épidémie, nous devons porter ce chiffre à plus de 90 % », a cependant averti le directeur général de l’OMS.

Présente dans la province d’Ituri, l’ONG Oxfam joue un rôle central dans la réponse, puisque les premiers cas de ce variant d’Ebola ont été répertoriés dans cette région.

Oxfam installe des points de lavage des mains et met en place des infrastructures pour l’accès à l’eau potable dans les structures sanitaires et au sein des communautés afin de freiner la propagation du virus.

La transmission du virus se fait par le toucher, les mains ou le contact avec les fluides corporels d’une personne malade.

Oxfam travaille également à informer la population : des équipes sont déployées sur le terrain pour échanger avec les familles et les malades, identifier les craintes et diffuser des informations fiables sur les gestes barrières.

Médecins Sans Frontières est aussi active sur le terrain et a déjà acheminé 68 tonnes de médicaments et de fournitures diverses, dont des masques et des combinaisons. L’organisation a par ailleurs renforcé ses équipes déployées sur place.

Ebola, une maladie qui inquiète

Ewald Stals, représentant de Médecins Sans Frontières en République démocratique du Congo, dresse un bilan mitigé : la prise en charge s’est améliorée, mais l’épidémie se propage. « L’épidémie est en train de grandir et c’est notre plus grande inquiétude actuellement », explique-t-il à TRT Français.

Les tests se sont multipliés et, avec leur augmentation, le nombre de cas détectés a progressé.

« Elle se propage sur l’ensemble du territoire de l’Ituri mais aussi dans le Nord-Kivu. Presque chaque jour, de nouveaux cas sont confirmés. Il y a quelques jours, c’était à Komanda (Ituri), un point stratégique où se croisent les deux routes principales. Aujourd’hui, des cas ont été confirmés à Mambasa, qui se situe sur cet axe mais un peu plus à l’ouest. C’est une région très commerçante, avec beaucoup de mouvements dus au conflit et des centres urbains, ce qui complique la réponse à l’épidémie. »

Drissa Fadiga, conseiller sûreté et sécurité à Bunia pour Oxfam, reconnaît auprès de TRT Français que la diffusion de l’information sur la maladie reste difficile : « Il est encore compliqué d’atteindre les personnes potentiellement contaminées. Elles ne croient pas suffisamment à la réalité de cette maladie. Certaines pensent qu’il s’agit d’une histoire mystique. Dans certaines zones, aucun changement de comportement n’est observé car elles considèrent toujours que c’est une manipulation des ONG et des humanitaires en complicité avec l’État pour obtenir des financements. »

Si certaines églises de l’Ituri ont commencé à appliquer des mesures de prévention, comme la prise de température à l’entrée des offices ou la désinfection des mains, ces pratiques ne sont pas encore généralisées. Les ONG travaillent avec les maires et les leaders religieux pour relayer les consignes et promouvoir les gestes barrières.

Pour Drissa Fadiga, la réouverture de l’aéroport de Bunia le 1er juin est cruciale : elle permettra d’améliorer sensiblement la réponse des ONG en facilitant l’acheminement de moyens supplémentaires. Jusqu’à présent, celles-ci étaient limitées par les restrictions de circulation imposées par l’État congolais.

« La prise en charge est très difficile parce qu’actuellement l’État est limité. C’est d’ailleurs pour cela que certains patients suspects, placés sous surveillance, s’échappent des centres de traitement. »

Le Dr Tedros a appelé les pays qui imposent des « restrictions générales de voyage » en raison de l’épidémie à y renoncer, en avertissant que ces mesures entravent les efforts de confinement du virus. Il a ajouté que l’OMS « recommande un dépistage à la sortie dans les aéroports, ports et postes frontaliers pour prévenir l’exportation de cas et de contacts ».

Une décentralisation des laboratoires pour améliorer le dépistage

En RDC, 344 cas ont été confirmés, dont 60 décès en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, selon l’OMS. Les cas suspects sont retombés à 116, contre plus de 1 000 la semaine précédente, mais ces régions restent au cœur de l’épidémie.

À Bunia, capitale de l’Ituri, trois centres de traitement d’une capacité totale de 80 lits sont aujourd’hui opérationnels. Des unités de traitement ont également été mises en place à Mongbwalu — cité minière d’où est partie l’épidémie après un enterrement — ainsi qu’à Rwampara, Beni, Goma et Bukavu. Enfin, des capacités de laboratoire et de diagnostic sont en cours de développement dans les zones prioritaires par l’OMS.

« Je pense qu’avec la décentralisation, ils pourront effectuer 1 000 tests par jour grâce aux cinq laboratoires qui seront mis en place d’ici le début de la semaine prochaine », a déclaré Abdi Rahman Mahamud, directeur du programme d’alerte et de réponse d’urgence de l’OMS.

Reste un obstacle majeur : la méfiance de la population. L’Ebola suscite toujours la peur et peut conduire à l’exclusion sociale. La stigmatisation des malades complique la lutte contre la maladie.

Drissa Fadiga témoigne de cette difficulté dans la province : « Quand il y a un cas d’Ebola, vous êtes automatiquement stigmatisé et peut-être même isolé. Les personnes considérées comme des cas suspects ou malades d’Ebola refusent parfois d’aller dans les centres hospitaliers pour se faire dépister ou soigner. Il y a vraiment un problème lié à cela. Les gens restent à la maison pour éviter d’être stigmatisés. »

Ewald Stals, représentant de MSF pour la RDC, résume la perception : « Les centres Ebola sont mal vus, “si tu rentres là-dedans, tu n’en sors pas vivant.” » L’OMS a mis en avant les premiers survivants pour montrer un signe positif.

Le message à faire passer est clair : « Si tu vas dans un centre de santé, tu auras plus de chances de survivre que si tu restes dehors. » Mais cela reste difficile à faire accepter, d’autant qu’à ce stade il y a malheureusement plus de décès que de survivants sortant des centres, reconnaît-il.

Les besoins de l’OMS pour les trois premiers mois de la riposte sont estimés à 115 millions de dollars, un plan financé à ce jour à seulement 35 %.