La présidentielle en Guinée se tient sous une nouvelle Constitution, adoptée par référendum en septembre, qui modifie en profondeur les règles du jeu politique. Le texte lève l’interdiction faite aux militaires de se présenter à une élection et prolonge le mandat présidentiel de cinq à sept ans, ouvrant ainsi la voie à la candidature du chef de la junte.
Le général Mamadi Doumbouya, au pouvoir depuis le coup d’État de 2021, est donné grand favori. Sur les huit autres candidats, aucun ne constitue un rival majeur : deux figures de l’opposition ont été exclues de la course et deux autres contraintes à l’exil. Son principal adversaire restant, Yero Baldé, du Front démocratique de Guinée, défend un programme axé sur la lutte contre la corruption et la croissance économique.
Infrastructures et promesses de développement
Doumbouya a bâti sa campagne sur les réformes et grands chantiers engagés depuis quatre ans. Projet phare de la transition, le complexe minier de Simandou, gigantesque gisement de minerai de fer majoritairement détenu par des intérêts chinois, a démarré sa production le mois dernier après des décennies de retard. Les autorités assurent qu’un plan national de développement adossé à Simandou permettra de créer des dizaines de milliers d’emplois et de diversifier l’économie (agriculture, éducation, transports, technologie, santé).
Dans les rues de Conakry, certains jeunes expriment leurs attentes. « Ce vote est un espoir pour nous, surtout pour les jeunes sans emploi », confie Idrissa Camara, 18 ans. D’autres saluent les programmes de formation numérique mis en avant par le régime. Pourtant, malgré l’abondance des ressources minières — la Guinée étant le premier exportateur mondial de bauxite — plus de la moitié des 15 millions d’habitants vivent dans la pauvreté et l’insécurité alimentaire, selon le Programme alimentaire mondial.

Un climat politique verrouillé
Pour de nombreux analystes et ONG, ce scrutin s’inscrit dans un contexte de libertés réduites : leaders de la société civile réduits au silence, critiques enlevés, médias censurés et plus de 50 partis politiques dissous l’an dernier. « Cette élection marquera le retour de la Guinée dans le concert des nations », estime toutefois l’analyste Aboubacar Sidiki Diakité, tout en soulignant que l’opposition a été marginalisée et que l’organe électoral est sous tutelle gouvernementale.
La journée de vote se déroule sous forte sécurité, avec près de 12 000 policiers déployés et de nombreux checkpoints. Plus de six millions d’électeurs sont attendus, et les résultats devraient être annoncés dans les 48 heures. Un second tour est prévu si aucun candidat n’obtient la majorité absolue.
















