Afrique

Guinée : quand l’élection efface le putsch

CEDEAO, principes proclamés et réalités politiques d’une démocratie réduite au seul scrutin

Newstimehub

Newstimehub

26 Déc, 2025

71

Le 28 décembre prochain, les citoyens de Guinée sont appelés aux urnes pour élire leur président. Un rendez-vous électoral présenté comme une étape décisive du retour à l’ordre constitutionnel, mais qui soulève de lourdes interrogations sur la cohérence et la crédibilité des mécanismes démocratiques régionaux.

En amont de cette transition, la CEDEAO avait pourtant fixé une ligne claire : aucun membre de la transition ne devait se porter candidat, sous peine de sanctions. Un engagement censé garantir une compétition équitable et prévenir la confiscation du pouvoir. Or, le général Mamadi Doumbouya, auteur du coup d’État de 2021, est bel et bien candidat.

Face à cette entorse manifeste, la réaction attendue de l’organisation régionale n’est jamais venue. Au lieu de sanctions, la communauté internationale — misant sur une fermeté annoncée de la CEDEAO — s’est contentée d’envoyer un comité d’observation électorale. Une présence symbolique, perçue par beaucoup comme un aval tacite du processus.

Dès lors, une équation dérangeante s’impose : si Doumbouya est élu, il cesse d’être qualifié de putschiste. Le simple fait de passer par les urnes semble suffire à blanchir l’origine du pouvoir. Dans cette lecture, l’élection devient une fin en soi, déconnectée des conditions dans lesquelles elle s’organise.

Exclusion de figures de l’opposition, climat de répression, faibles mobilisations populaires, concentration du pouvoir, mandats prolongés ou renouvelables à l’infini : autant de dérives qui, dans cette « démocratie procédurale », semblent désormais tolérées tant qu’un scrutin est organisé.

Ce cas guinéen met en lumière une contradiction profonde : une démocratie réduite à l’acte électoral, où le vote l’emporte sur les principes, et où la stabilité institutionnelle prime sur les libertés politiques. Une approche qui interroge le rôle réel de la CEDEAO : gardienne des normes démocratiques ou simple accompagnatrice de faits accomplis.

Au-delà de la Guinée, c’est l’avenir de la gouvernance démocratique en Afrique de l’Ouest qui se joue, entre exigences de légitimité populaire et renoncements politiques assumés.

Source: AES Infos Plus