Avec 33 monnaies pour 54 pays, l’Afrique reste le continent le plus fragmenté sur le plan monétaire — une situation qui, selon les experts, pénalise lourdement l’intégration économique. L’universitaire kényan PLO Lumumba résume cette impasse : « L’Afrique a 33 monnaies mais elles ne sont acceptées nulle part », évoquant le cas du shilling kényan refusé à Addis-Abeba au profit du dollar. Malgré sa diversité, le continent dépend encore des devises étrangères, lesquelles représentent plus de 80 % des transactions intra-africaines.
Cette multiplicité de monnaies transforme chaque frontière en obstacle financier, alourdissant les coûts de change et ralentissant la circulation des biens et services. Le débat autour du franc CFA se focalise souvent sur la question de sa fabrication à l’étranger, mais cette pratique est en réalité courante : de nombreuses monnaies africaines, du birr éthiopien au shilling tanzanien, sont imprimées en Europe ou aux États-Unis pour des raisons techniques. Seuls neuf pays produisent leurs billets localement, et certains — comme le Ghana ou le Nigeria — externalisent encore une partie de leur production.
La zone franc, elle, se singularise par un cadre institutionnel organisé. Répartie entre l’UEMOA et la CEMAC, elle regroupe 14 pays partageant deux monnaies, le XOF et le XAF, toutes deux arrimées à l’euro et garanties par le Trésor français. Cette architecture offre stabilité, faible inflation et résilience face aux crises. En 2020, la zone affichait encore une croissance de +0,3 %, quand l’Afrique subsaharienne reculait de -1,7 %. Pour Tiémoko Meyliet Koné, gouverneur de la BCEAO, le franc CFA demeure ainsi « une monnaie stable et prisée », un atout majeur pour la confiance économique dans la région.

















